Nakanaï 98


En 1998, les Monts Nakanaï (Nouvelle-Bretagne / PNG) ont vu une forte équipe internationale poursuivre les explorations du réseau du Casoar et de son système hydrogéologique. Résumé en quelques lignes d'une expédition hors du commun.

Jean-Claude LONDON (Hémisphère Sud)
Compte-rendu des Actes "Explo 2000"

 

 
Début mars 1998. A Galué, petit village côtier de l'East New Britain, c'est la fête. Une manière pour nos amis papous de remercier les dieux d'avoir laissé notre expédition arpenter sans incident et avec succès la grande forêt et le sous-sol des Monts Nakanaï.

C'était à la mi-décembre, après un an de préparatifs et d'embûches financières, que Jean-Paul Sounier, Hélène Darrieutort, Jacques-Henri Vallet et Alain Grignard s'étaient envolés pour la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Après deux semaines bien remplies à rassembler matériel, équipement et nourriture pour les 25 bonhommes qui allaient se relayer pendant deux mois sur les hauts plateaux de la Galowé, après une autre semaine à régler 1001 détails liés à notre projet, nos éclaireurs n'étaient pas encore au bout de leurs peines.

Il leur fallut d'abord beaucoup de diplomatie pour faire accepter notre présence sur la zone aux autorités du district, aux Malais et aux Philippins de la compagnie forestière mais surtout aux différents clans papous du village. Il leur fallut encore une bonne dose de ténacité lorsqu'ils découvrirent l'état du massif, au-dessus de 1200m d'altitude. Ravagée par le cyclone passé un an auparavant à la même époque (!), la forêt primaire s'est littéralement écroulée pour faire face à un gigantesque mikado. Tous les géants de la jungle couchés un sur l'autre, le plateau n'est plus désormais qu'un immense chablis. Six jours furent nécessaires à nos ouvreurs pour retailler une piste vers le Gouffre Muruk. Dans ce contexte, l'hélicoptère n'allait pas chômer.

Début janvier, dès l'arrivée à Pomio des vingt autres membres de l'expédition (français pour la plupart, australiens, belges et espagnol) et des tonnes de matériel, les rotations commencèrent.

Dans un premier temps, le groupe se divisa en trois. Une première équipe -six spéléos dont une infirmière- se fit larguer avec une autonomie de dix jours le plus près possible du "Haricot", vaste ouverture inviolée, perdue en plein bush. En fait, il se retrouvèrent à plus d'un km. Après quatre jours de taille…, l'objectif aux coordonnées GPS imprécises n'était toujours pas atteint ! En désespoir de cause, ils explorèrent quand même une petite perte. Bien leur en prit car ce "Petit Pois" les mena par un méandre modeste en pleine paroi de la dépression d'entrée tant convoitée. Malheureusement, la grande salle qui faisait suite était colmatée.

Parallèlement à ce raid, une deuxième équipe de six avait rejoint "Mara". A partir d'un camp de base rudimentaire installé sous la canopée épargnée ici par l'ouragan, ils mirent en place, à flanc de canyon, 400 m de cordes pour accéder à la "Chevelure de Bérénice", la résurgence du système.

La troisième équipe, soit la majorité des effectifs plus quelques papous, était quant à elle déposée avec armes et bagages aux abords même du gouffre Muruk. Vouée à servir de quartier général pendant des semaines, la doline fut aménagée en un camp ****. Soustraits sur l'espace de quelques ares au milieu inhospitalier où nous étions plongés, nous pouvions reprendre les explorations de cette cavité arrêtées en 1995 aux alentours des 1000 m de profondeurs et que d'aucun ont qualifié du "plus beau gouffre de la Terre".

Des équipes se sont alors succédées pour équiper Muruk jusqu'au siphon de -637 (1200 m de cordes !), pour remonter les affluents inexplorés (environ 2 km de première), et pour acheminer le matériel nécessaire aux explorations post-siphon (S1 : 50m / - 6m). Parallèlement, depuis Mara, les explorations se poursuivaient dans Bérénice. A grand renfort de main courante, l'impétueuse rivière était remontée petit à petit.

Vint alors dans Muruk les pointes à -1000. La première fut l'occasion pour l'équipe belge emmenée par le leader français J-P Sounier de franchir le "Puits des Revenants" (terminus 95), d'enchaîner les "Passagers du Vent" (zone basse de longs biefs d'eau turquoise) et d'affronter la cascade la plus impressionnante du réseau : "Bik-bik Wara" (littéralement en Pidgin : beaucoup d'eau !). Arrêt en bout de corde dans une rue d'eau filant vers le canyon de la Galowé… La jonction historique nous échappe de peu mais nous avons cependant l'honneur d'être les premiers à franchir réellement la cote -1000.

C'est le trio australien qui aura la chance de croiser les équipiers français et espagnol s'acharnant par l'aval. Dans la foulée, au prix de dizaines d'heures de progression, les uns signent la première traversée intégrale Muruk/Bérénice et les autres la première remontée de bas en haut.

 


 

Le relevés topographiques et différentes corrections altimétriques donnent 1178 m de dénivellation. Le réseau du "Casoar" devient une des plus profondes traversées hydrologiques de la planète, premier -1000 et plus profond gouffre de l'Hémisphère Sud.

Restait alors à remonter Tuonela, le gros collecteur de - 780. Toujours à partir d'un bivouac post-siphon, 2500 m furent grignotés, à contre courant, dans une ambiance digne de la Papouasie, en direction du gouffre Arturus jusqu'à buter sur un siphon. Franchi, il donne directement sur un vaste puits remontant.

Dans le gouffre d'Arturus précisément, rééquipé au terme de pénibles progressions en forêt, nos plongeurs franchirent le magnifique siphon terminal à -445m. mais un second, tenté profondément, les empêcha de déboucher dans Muruk, encore distant de 1300 m à vol d'oiseau.

Deux nouvelles cavités, modestes mais passionnantes furent également explorées dans des dolines voisines : Tucana et Andromède.

Citons aussi les différentes études scientifiques qui ont été menées par notre géologue et notre biologiste de service.

A la mi-février, alors que la majorité des effectifs rentrait en Europe, le reste des troupes décida de se faire héliporter à quelques bornes sur le gouffre de le Croix du Sud, accès probable au collecteur de Mayang, une des plus grosses émergences de la planète. Le terminus de 1985 atteint, la course au -1000 reprit. Mais pour peu de temps. A -250m, au delà d'un S1 facile, le S2 ne sera pas franchi. C'est sur cette grosse déception que prit fin le projet "Nakanaï 98".

Voilà ce que qu'il y avait à dire en résumé sur cette expédition hors du commun, passionnante à tout point de vue même s'il faut déplorer un trou dans nos portefeuilles et pour certains quelques séquelles physiques. En effet, six d'entre nous souffriront à leur retour de crises de malaria sérieuses.

Il reste beaucoup à faire sous les Monts Nakanaï. Des jonctions entre les différentes cavités pourraient augmenter le développement du réseau du Casoar. Mayang reste un mythe. Et côté de la Baraiman, immense canyon voisin, taillé sur 1000 m de profondeur dans le calcaire, tout reste à faire.

Mais l'état pitoyable de la forêt ne facilitera pas les choses…

Bibliographie sommaire

SOUNIER J-P, 1998. Nakanaï, dans les gouffres géants de Papouasie, Spelunca librairie

SOUNIER J-P, 1999. Muruk, Hémisphère Sud, 1er -1000, Edisud

SOUNIER J-P, 2000. Muruk, l'épilogue ? in Spelunca n° 77, 15-22, FFS (France).

VANSTRAELEN P, 1998, spéléo-plongée sous la jungle de Papouasie, in Octopus n° 14


Dernière mise à jour 19-04-2005

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