Spéléo sur le Ger Le gouffre des Isards


Camp d'Automne 93

 


Frustrés de ne pas avoir pu remettre en août notre nez dans le Capéran, un nouveau projet prit forme pour cette fin septembre, tous les << abonnés” s'étant montrés intéressés. Les contacts avec l'A.S.P, en la personne de Thierry Baritaud, prévoyaient même des travaux de désobstruction à l'explosif. Mais à quelques jours du départ, un concours de circonstances vint modifier le programme fixé initialement. Finalement, nous étions quatre à pouvoir nous libérer pour de folles aventures : Olivier, Jack, Thomas et Babette. Voici le carnet de bord d'un camp dont la philosophie était la suivante:

“11 faut garder conscience du luxe d'avoir choisi d'être là'



La Soufflerie

Sa 25/09 : nuit au volant de la Sierra bien chargée pour arriver en fin de matinée à Eaux-Bonnes où les conditions météos ont été particulièrement exécrables.

Un éboulement s'est reproduit dans les tournants précédent lscoo. La route est barrée. Pour monter à Gourette, il faut emprunter les petites routes passant par Aas. Un sacré détour! La catastrophe pour la commune à quelques temps de la saison hivernale. Les Fontaines déguelent de partout et nous assistons même à la naissance d'un nouvel exutoire dans les contreforts terreux au niveau du camping.

Jacques ne comprend pas que nous ayons fait le déplacement. Il n'a que des propos pessimistes sur la semaine à venir. La neige est déjà tombée en abondance sur les reliefs. Monter au Capéran est une nouvelle fois un projet compromis. Décidément, l'été 93 ne nous aura pas réussi. Seule consolation : le brouillard cache la laideur de la station de béton où nous échouons une fois de plus.

Contraint (Jack) et forcés (Olivier et Thomas), nous décidons en attendant une hypothétique évolution favorable de poursuivre les Isards. Question de nous assurer que la nouvelle piste du Bezou est carrossable en voiture, nous allons rendre visite au Berger. Il nous apprend que c'est interdit et que les flics ne rigolent pas avec ça, surtout en période de chasse comme maintenant. Il comprend très bien que pour nous, il s'agit d'un sérieux gain d'énergie dans le déroulement des explorations. Lui, il a environ 700 à 800 bêtes sur le massif. Dans sa nouvelle bergerie, il fait du fromage et profite dorénavant de l'électricité et du confort qui s'en suit comme la TV par exemple. Il nous parle de manière floue de spéléos grenoblois travaillant sur le Bezou ( ?).


Di 26/09 nous revoici en route pour le G. des Isards. De la bergerie, il reste une bonne demi heure d'approche. La neige arrive presque à la station intermédiaire. Il faut faire la trace dans 10 cm. Mais le soleil est quand même de la partie. La vue sur les sommets enneigés vaut la peine. Nous prenons conscience du luxe d'être là ! Nous entrons vers 11h30. Deux heures plus tard, nous sommes au tunnel qui étrangement n'aspire pas violemment mais souffle légèrement.

C'est ici que nous reprennons la topo jusqu'à trouver un endroit qui conviendrait pour installer un abri qui servira d'aire de repos pour les futures pointes. Nous n'avons pas fait 150 m (soit quand même 1h30 de levés) que nous sommes déjà au seul site qui nous avait paru relativement convenable. A noter sur ce tronçon l'arrivée de deux affluents (à droite), étroits mais pénétrables : un après le tunnel, l'autre après un élargissement notable.

Bout de ficelles, trombones et colliers nous permettent de suspendre l'abri en plastique de 3 x2 x2 m où il fera bon vivre, en dehors du courant d'air, dans la chaleur moite d'une soupe cuisinée sur un réchaud, le cul sur un mousse isolant. En mémoire du chantier où était sensé travailler aujourd'hui Olivier, nous baptisons cet aire de repos le “Sun Park”.

Remontée en moins de 3 heures en déséquipant. Sortie vers 20h30, contents de savoir que la voiture n'est pas très loin car le brouillard est a couper au couteau. A la caserne, nous retrouvons Babette qui était montée au Lac d'Anglas, enneigé et ensoleillé comme le prouve sa figure rouge vif.

Lu 27/09 grosses hésitations sur la suite du programme. Dans le doute, nous décidons de rester à dans la vallée plutôt que de monter au Capéran où nous avons peu de chance d'être efficaces, vu les conditions.

Aujourd'hui, nous remontons la Coume de Balour pour une prospection des flancs du Moncouges (voir “Gerémiades”)

Ma 28/09 toujours à la recherche d'alternative, on en arrive encore aujourd'hui à rester en surface. Surtout que le temps est dégagé. Tomette et Baba passe leur dernière journée ensemble puisqu'il est prévu de remettre notre gente demoiselle sur le TGV demain matin. Ils montent dans la neige jusqu'au Plaa Segouné pour récupérer le mato de Jack stocké en août dernier dans la “bawette”.

Jack et Olivier arpentent le petit laplaz de Bezou et le ravin de Gabihorne (voir Gerémiades)

De retour à la station, Olivier et Jack vont à la recherche de la Grotte de l'Ours dont l'entrée a été épargnée par le terrassement des pistes de ski. Emballés par la taille du porche, nous y faisons une incursion dans la soirée avec Tom. (Voir “Gerémiades")

Me 29/09 il était prévu de faire une pointe topo dans les Isards. Mais Tomette qui s'est levé à 6 h du mat pour conduire Babas à la gare de Pau ne le sent pas. On remet au lendemain ce qu'on peut faire le jour même.

Alors, en mémoire de Robs, Olivier suggère d'aller creuser à lscoo. (Voir “Gerémiades")

Je 30/09 comme chaque matin, dès le lever, nous traversons la route pour nous rendre compte des conditions sur le Ger. Et aujourd'hui encore, tout n'est que grisaille. Il a plu toute la nuit. La neige a fondu en altitude. Le bulletin météo n'est que propos pessimistes. Mais l'expérience nous a montré qu'ils n'ont jamais rien à voir avec la réalité. Déjeûner dans le doute et les hésitations sur le programme qui rappelons-le est de faire une grosse séance topo dans les Isards.

Finalement, nous décidons d'y aller. Un petit mot sur nos intentions est laissé aux pompiers. Au passage, nous s'assurons quand même que Ley ne dégueule pas. La marche d'approche se déroule sans pluie. A l'entrée, les 10 cm de neige ne sont presque plus qu'un souvenir.

Il est 11 h quand nous rééquipons une fois encore les deux ressauts d'entrée. Ca percole de partout. Pas de doute, il y aura de l'eau ! Au bas des puits, Olivier à qui on avait un peu forcé la main, prend conscience du luxe de pouvoir choisir d'être ailleurs... C'est vrai qu'il n'y a pas besoin d'être trois pour la topo. Il ressort et redescend dans la vallée en longeant la paroi par le pierrier où semblait disparaître un écoulement formé par les fortes pluies (RAS).

Tom et Jack continuent. Le tunnel aspire à nouveau. Le “Sun Park” est atteint en 1h30 (ceci dit à titre indicatif). Petite pause pour se faire sécher, se préparer une boisson chaude, grignoter un bout, arranger son carbure et enfiler une petite laine supplémentaire pour commencer la topo. Jack devant tire le décamètre et prend note des mesures faites derrière par “Tommy Vandamme”. Les pieds dans l'eau ou en oppo, nous cherchons les meilleurs passages pour progresser dans le méandre. Les visées ne sont jamais très longues, en moyenne 3 à 4 m. Nous en faisons une soixantaine jusqu'à un affluent tombant violemment du plafond dans une vasque. Le débit se voit ainsi doublé. Le courant d'air nous glace. Ca fait 4 heures que nous topographions. Nous en restons là et remontons à l'abri en ... 3/4 h ! Si on considère que la pointe est encore à 3 heures du terminus topo, il faut encore s'attendre, à cette moyenne à ....16 heures de levés (sans compter l'aller-retour). On en est déjà actuellement à 18 heures. Il n'en reste plus tant !

-“Dis, t'es sûr qu'il n'y a vraiment pas de topo de ce trou, hein ? >>

Du “Sun Park”, nous ressortons en 2 h avec un kit presque vide. Les deux puits d'entrée sont déséquipés. TPST: 11 heures.

Dehors, il y a un vent à décorner les Isards. La pleine lune éclaire la montagne comme en plein jour. Tout deux, nous prenons conscience du luxe d'avoir choisi d'être là ! Nous savourons la descente jusqu'à la Bergerie du Bezou, désertée jusque l'an prochain.

Ve 1/10 : nous aurions peut-être pu aller faire la grotte de Ley, question de voir à quoi ressemble le Réseau de Pâques et le lac. Mais d'abord, c'est risqué et puis personne n'a la pêche. Demain, samedi, ce sera trop tard. Plutôt que de moisir ici, nous remballons un jour plus tôt que prévu. Adieux à Jacques et ses collègues, décidément très contrariés par l'éboulement. 13 heures de route nous ramènent à Liège en pleine nuit.

Ne nous dites pas qu'il a fait beau dans les Pyrénées après notre départ. On ne veut pas le savoir !

 

Jack


Dernière mise à jour 19-04-2005

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