Les Carnets de C7 / Techniques


Sacrilège topographique...
...démarche d'un libre penseur
 

Guy LARDINOIS
Carnets de C7 n°27 - 1999

 

Faire la 'topo' d'une cavité reste long, pénible et souvent peu gratifiant. Les volontaires ne se bousculent pas au portillon. Il suffit pour y échapper déclarer ne rien y comprendre ! C'est imparable, personne n'y trouvera à redire …

Malgré cela, quelques fêlés continuent à s'acharner à relever des pentes et des azimuts dans des positions inconfortables alors que la première les attend. Comme ceux-là, j'ai payé mon écot, en appliquant aveuglément une méthode apprise ! Cela représente pas mal d'heures de galère.

Puis viendra, il y a trois ans, l'heure du doute.

Le doute sur la méthode de levé.

En 1996 je lisais un article du Regards n° 26 (page 19) sur la nouvelle révolution que constitue la télémétrie laser. Pensez donc, une distance mesurée instantanément à 3mm prés! Pour seulement 45.000 BEF, nous pouvons éviter de dérouler un décamètre ! Le pied…

Le pied, c'est à voir car si la mesure est incontestablement plus facile (entre autre pour les 'haut/bas/gauche/droite'), il faut se mettre sous le casque que ce n'est pas la mesure de distance qui détermine les erreurs sur une topo mais bien la mesure des angles.

Soit dit en passant, un décamètre n'a pas de pile, ni d'électronique susceptible de tomber en panne et ne coûte que quelques centaines de francs. Je ne suis donc nullement convaincu.

La forme, privilégiée par rapport au fond.

Insatisfait et frustré j'emprunte à la fédé tout ce qui est disponible sur la topographie. Après quelques semaines de lecture, le doute s'est définitivement installé. Il y a beaucoup plus de pages sur le dessin de la topo que sur les méthodes de levés sur site.

Les rares publications qui traitent des mesures s'acharnent sur les mesures de longueurs. Au terme de multiples tests et comparaisons, on essaye de départager, sans vraiment y arriver, topofil et décamètre.

Par contre, qui se soucie qu'une incertitude de + ou- 1° dans une mesure d'azimut entraîne sur une visée de 8 m une incertitude de 28 cm, soit dix fois plus que sur la mesure de longueur. J'en conclu qu'on cherche à améliorer ce qui n'est pas important, en y consacrant du papier, du temps et de l'argent en pure perte. C'est un peu comme si l'on voulait remplacer une corde de 9 mm par une de 10.5 mm dans le but de sécuriser l'équipement d'un puits sans s'occuper de l'unique spit planté en guise d'amarrage de tête dans de l'argile. Cela est assez incohérent.

La topo en spéléologie s'apparente donc plus à une campagne publicitaire qu'à une vraie démarche scientifique ! Aurais-je été naïf pendant toutes ces années?

Je regrette également que dans les rares cas où l'incontournable calcul des erreurs est abordé, c'est pour dégoûter le lecteur par des pages de calculs matriciels ou différentiels qui sont aussi impressionnants qu'inutiles. Ils masquent dans un langage hermétique et complexe une conclusion judicieuse et simple :

Le gain de précision est à rechercher dans la mesure d'angle.

J'ai cherché un autre point de vue. La seule façon d'en savoir plus m'a semblé être de comparer notre approche avec les méthodes des professionnels et des scientifiques. J'emprunte donc quelques solides cours de topo à un géomètre et je commence à potasser. Pas de surprise. C'est tout à fait un autre univers. Avec des méthodes qui sont en général inadaptées pour le milieu souterrain. Mais la précision et la rigueur sont ici remarquables. Pas de surprise non plus en ce qui concerne le calcul des erreurs agrémenté de quelques différentielles simples et incontournables. Mais ici, les développements mathématiques vont droit au but, sans chercher à impressionner. C'est simple et direct. Rien de plus que ce qui est strictement nécessaire mais suffisant. C'est professionnel !

Pas mal de choses pleines de bon sens sont transposables et cela me permet de constater que d'autres clubs sont en avance sur nous sur pas mal de points importants, voir fondamentaux. Par exemple, le marquage systématique des stations avec leurs numéros.

Je ne pourrai plus jamais regarder une topo de la même façon et j'en suis à me demander si je vais encore participer à une seule topo levée avec la méthode traditionnelle utilisée auclub jusque maintenant ?

Il n'existe pas une méthode de topographie mais une multitude. Avec, pour chacune, des instruments différents. Le professionnel va choisir pour chacune de ses applications la méthode qui lui apporte la précision désirée, sans plus et pour un investissement minimum. La question primordiale est :


Quelle précision pour quoi faire ?

Je cherche une réponse à cette question avant de critiquer notre méthode actuelle.

Si une nouvelle méthode devait voir le jour, elle devrait être cohérente et complète.

Par cohérente, je veux dire que toutes les mesures de bases doivent avoir idéalement la même influence sur l'incertitude finale.

Par complète, je veux dire que tous les éléments qui introduisent des erreurs sont pris en compte dans la méthode.

A quoi sert une topo et quel est le niveau de précision requis pour cet usage ?

Me poser cette question me met mal à l'aise et renforce ma crise existentielle. Quand on pose cette question à un autre spéléo, cela crée un malaise. C'est un peu comme si l'on demandait à un cadre d'entreprise la raison pour laquelle il s'est endetté en achetant une BMW nouveau modèle full options alors qu'il habite à 100 m de son travail et qu'il va en vacances en avion.

 

Mais qui c'est ce mec là? Il a un drôle de casque ce gars là! Qui c'est celui-là?

 

Le doute de l'utilité de la topo.

Un peu d'histoire :

A Bramabiau, Martel utilisait déjà une méthode très proche de la nôtre, avec seulement un matériel moins pratique. A cette époque, la science était considérée comme la nouvelle religion. Dans cette logique, Martel cherchait à se faire une place au soleil dans l'univers académique de l'époque. en ces temps là, il était de bon ton d'effectuer des relevés des nouvelles régions explorées. La spéléologie de l'époque -le nom l'indique- avait un objectif scientifique avoué. Qu'en reste-t-il 100 ans plus tard ?

Du temps de Casteret, certaines grottes furent topographiées dans un but d'exploitation. Il s'agissait de diriger, via des tunnels, l'eau souterraine vers les centrales électriques. Mais le travail fut effectué au théodolite par des géomètres, pour un soucis évident de précision et de fiabilité.

Actuellement, je me demande si les topographies faites par les spéléos trouvent leur chemin dans des applications scientifiques ou sont simplement utiles à la société ? Quelqu'un pourra peut être me répondre.

La topo servira à guider d'autres spéléos, c'est évident. Alors, dans ce cas, un simple croquis de mémoire est suffisant.

 

A suivre...

 


Dernière mise à jour 17-04-2005

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