Les Carnets de C7 / Techniques

(Regards 01/04)

 

 

Amarrage en Y et plaquettes coudées ...

Quand ça tourne mal !

 

 

Résumé

 

Dans une suite de puits et en cas de traction venant du haut les deux 'seuls' mousquetons d'un équipement en Y à oreilles symétriques sur plaquettes coudées peuvent se retourner simultanément. C'est dangereux et c'est du vécu. La traction de celui qui remonte est alors parfaitement répartie sur les deux … minuscules axes des doigts de vos vieux mousquetons en zicral…. Un équipement sensiblement différent doit être choisi.

 

'-400… première !... Les puits succèdent aux puits depuis –180.

Le P30 qui se présente ici est comme une rampe torturée, inclinée à 70 voire 80°. Au pied de celui-ci, une belle terrasse suivie d'une verticale pas très large. Il reste peu de corde et les accus de la foreuse sont faibles. L'équipement semble évident : deux spits placés à la même hauteur à 30 cm de distance au niveau des épaules pour un forage confortable, deux plaquettes coudées pour écarter le nÅ“ud, deux mousquetons symétriques et, pour terminer, un nÅ“ud de huit double à oreilles de lapin égales, question de répartir la charge. Tout ça sans laisser trop de mou vers le haut, économie et force choc obligent. Bref, un équipement de manuel et une sortie de puit on ne peut plus confortable.'

 

A l'usage, cet équipement parfait va se révéler dangereux.

 

Deux ans plus tard, nous sommes deux à remonter du fond. L'équipier qui me précède entame le puit oblique en effectuant des tractions inévitables sur l'amarrage inférieur (rappelez vous, le mou a été mesuré chichement). Les deux mousquetons se soulèvent (les deux car les oreilles du 'Mickey' sont courtes et de même longueur), se retournent et coincent leur virole chacun dans sa plaquette. A ce moment, le premier spéléo qui remonte est déjà 10 mètres plus haut et ne peut pas se rendre compte que je vais maintenant remonter le puits suspendu sur les doigts de deux mousquetons en zicral…

 

C'est avec un pincement de cÅ“ur que je parcours, lentement, très lentement, les trois derniers mètres qui me séparent du palier, le tout assorti de quelques imprécations à destination de mon ' innocent' équipier qui se demande ce que je lui veux. Je continue ma remontée et je constate en effet que ces satanés mousquetons ont une fâcheuse tendance à se retourner avec un bel ensemble. Averti, je poursuis ma progression en me déportant péniblement vers la gauche pour éviter de tendre la corde et j'arrive ainsi à remonter sans activer le retournement critique.

 

Il s'agit là d'une belle illustration de l'adage : 'le mieux est l'ennemi du bien' et la preuve que l'application aveugle du manuel ou des préceptes de l'Ecole ne suffissent pas ! Il faut aussi réfléchir.

 

Pour prévenir le phénomène, on peut envisager et combiner plusieurs solutions :

 

  1. Laisser d'avantage de mou vers le haut. (consommation de corde)
  2. Couper la corde (c'est dommage) avant d'équiper le puits suivant.
  3. Utiliser une ou plusieurs plaquettes vrillées. (le nÅ“ud risque de frotter)
  4. Ne pas placer les spits au même niveau (respecter 40 cm de différence) et utiliser un Mickey à oreilles nettement inégales. (cela consomme un peu de corde, c'est plus difficile à ajuster et choque notre esprit de symétrie mais augmente légèrement la résistance de l'ensemble en réduisant l'angle d'ouverture)
  5. Remplacer le Mickey par deux '8' séparés par une ganse large. (ce n'est plus de mode et la traction n'est plus répartie mais c'est de loin la meilleure solution économique)
  6. Remplacer les mousquetons par desClowns, As, anneaux ou maillons rapides moins sensibles à ce phénomène. (il faut avoir le matériel adéquat)
  7. Ajouter un amarrage supplémentaire avec un nÅ“ud papillon ou polonais comme pour une arrivée de main courante suivie d'un puits (en première, on économise les accus et le matos)

 

Conclusion

 

Ce phénomène est rare mais ne doit pas être négligé car il annihile complètement la sécurité que procure le double amarrage. En cas de rupture d'un mousqueton, il est irréaliste d'espérer que le doigt du second résiste au choc de la chute.

 

Dans le cas d'une succession de puits non verticaux, des tractions peuvent s'appliquer sur les amarrages inférieurs. La conception de l'équipement ne doit pas être pensé en tenant compte uniquement d'un équiper situé plus bas mais aussi en fonction des effets du comportement d'un équipier situé plus haut que l'amarrage. La tête de puits doit être étudiée comme l'arrivée d'une main courante suivie d'un cran de descente plutôt que comme la succession de deux verticales superposées.

 

Une bonne habitude serait de confectionner systématiquement les amarrages en Y avec les branches inégales et un angle d'ouverture réduit à 20°. Un autre conseil serait de décaler les deux points d'amarrages en Y de haut en bas plutôt que latéralement.

 

Guy Lardinois



Dernière mise à jour 17-04-2005

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